Le nom de Samara est sur toutes les lèvres cette semaine. Cette jeune collégienne de 14 ans est actuellement hospitalisée dans un état grave, victime d’un tabassage à Montpellier. Un acte innommable qui secoue aussi les hautes sphères de l’Etat.
On peut être scolarisé au collège Arthur Rimbaud, le poète de Charleville, l’homme aux semelles de vent et ressortir de ce temple du savoir républicain en ayant vu les semelles en sang de ses camarades de classe. Samara, jeune collégienne de 14 ans, est actuellement hospitalisée dans un état grave, victime d’un tabassage par une vingtaine d’individus, eux aussi élèves de l’établissement. Un crime qui laisse la jeune fille polytraumatisé, plongée dans le coma et amnésique. Face à cet acte, sa mère, Hassiba, a expliqué aux nombreux journalistes présents devant le collège que sa fille était harcelée depuis longtemps.
Un harcèlement moral et psychologique, comme on le rencontre souvent à l’adolescence, émanant d’une autre jeune fille, qui avait, peut-on lire dans les gazettes, pris en grippe la jeune Samara. La photo de cette dernière tournait sur les réseaux sociaux, avec des appels au viol, des crachats en public et autres acharnements. Des actes qui l’auront menée près de la mort.
« Mécréante »
Ce qui interpelle, en revanche, et qui mérite d’être souligné, provient d’une insulte que la jeune Samara, recevait chaque jour selon sa maman : mécréante. « Qui ne croit pas aux dogmes de la religion, et qu’on tient pour impie » selon la définition du dictionnaire de l’Académie française. La collégienne était donc mécréante, une fille de mauvaise vie, selon les assaillants juvéniles. La raison de cette chasse aux sorcières ? Une tenue vestimentaire non-conforme aux valeurs, soi-disant religieuses, de l’une des agresseuses, arborant par ailleurs le voile islamique. S’il est risqué d’établir un parallèle, entre ce crime et la religion, sans basculer dans des théories politiques extrémistes, il est par ailleurs intéressant d’observer que le terreau de l’islamisme est devenu une terre fertile, avec ses jeunes pousses qui prennent sans cesse racine.
Cette nouvelle jeunesse, issue de près ou de loin de l’immigration, s’est élevée au rang de nouvelle garante de la religion. Surannées les longues tenues et la barbe rousse des talibans des années quatre-vingt. Place, désormais, à une jeunesse religieuse s’élevant contre un XXe siècle plus spirituel que religieux, mais s’abreuvant de tous les produits de la mondialisation. Des paradoxes sur jambes, qui, à l’aide d’un vocabulaire qui leur est propre et inspiré de la religion (kouffars, mécréants) n’envoient plus leurs semblables aux bûchers, mais menacent en ligne et passent à l’acte.
« Conversation au clair de lune »
Samara représentait donc la victime idéale pour cette horde extrémiste. Une jeune adolescente laïque, habillée à l’Européenne (expression utilisée par sa mère), ouverte au monde qui l’entoure, n’ayant nul besoin du dogme religieux pour vivre une existence que tout adolescent est en droit de vivre.
La mère de la jeune fille n’a pas hésité, d’ailleurs, avec un courage qui force le respect, à évoquer cet extrémisme religieux à l’heure où peu de médias et peu de politiques oseront le faire. Par peur. Elle n’a, aussi, pas hésité à évoquer sa foi musulmane. Une foi douce, tournée vers autrui, une force intérieure, sans signes religieux apparents. La force du cœur, face à celle du sabre et de l’accoutrement.
Depuis des années que la France, et plus largement le monde, est victime de la barbarie religieuse, les instances politiques devraient s’en référer aux Françaises et Français, de sang ou de papiers, qui ont connu les affres de l’extrémisme religieux. Rappelez-vous, en 1997, l’assassinat de l’étudiante algéroise Amel Zenoune par les islamistes armés. Elle refusait de porter le voile islamique. Elle voulait vivre. Elle fut égorgée, devant d’autres étudiantes. En partant, les islamistes s’écrieront que la jeune femme servira d’exemple aux jeunes femmes du pays.
Samara, n’est pas morte, fort heureusement. Elle se relèvera, plus forte. Samara, par la force de sa jeunesse, nous avertit d’un danger dont nous taisons le nom.
Son prénom signifie « conversation au clair de lune ». Il y a de la poésie dans son prénom. Très rimbaldien, finalement.
A toi, Samara.
Par Mehdi Bouchali






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