Ce jeudi 21 mai, l’école organise une exposition caritative au profit de la Maison des Femmes. La vente des œuvres permettra de récolter des fonds pour l’association.

C’est un polaroïd en noir et blanc, délicatement imprimé sur un coquillage. Sur sa pancarte, la protagoniste au visage incomplet a écrit en lettre capitales « Enceinte si je veux quand je veux. » Cette œuvre, signée par l’artiste Elsa Leydier, fait partie de la sélection des 17 productions méticuleusement choisies par les étudiants du Master 1 Marché de l’art contemporain de l’école internationale des métiers de la culture et du marché de l’art (IESA). Ce jeudi, cette promotion présentera la seconde édition de leur exposition caritative intitulée « elle[.]s ». L’événement solidaire sera marqué par une vente aux enchères inaugurales au profit de l’association Maisons des Femmes Restart.

Autour d’Elsa Leydier, les spectateurs pourront aussi croiser le Crucifix brûlé de l’artiste Bianca Bondi, l’ouvrage tout en tissage de Delphine Dénéréaz ou encore le travail engagé de la plasticienne féministe Orlan. « Les œuvres textiles nous paraissaient importantes car elles entrent en phase avec cette notion de tisser du lien », explique Charlotte Barbosa. L’étudiante, qui a participé à la réalisation du projet depuis sa genèse, en est aussi la responsable de communication. « Nous avons choisi des petits formats qui permettent au spectateur de rentrer dans un univers où il se sente en sécurité. Il peut avoir une intimité, un dialogue avec l’oeuvre. »

Soigner par l’art

A l’IESA, les ventes aux enchères caritatives existent depuis une dizaine d’années. Depuis deux ans, les étudiants du M1 Marché de l’art contemporain ont choisi La Maison des Femmes comme association récipiendaire. « Nous avons déjà travaillé avec de plus grosses structures. Mais l’idée est aussi de travailler avec des associations à taille humaine » explique Madeleine Filippi. La critique d’art indépendante et commissaire d’exposition, qui enseigne à l’IESA et accompagne cette sélection annuelle, souligne la forte proportion de femmes au sein du master. « C’est un sujet qui reste malheureusement toujours d’actualité. »

Aux yeux de Charlotte Barbosa et des 27 autres étudiants, le choix de la Maison des Femmes était une évidence. « On a choisi de soigner par l’art » insiste la jeune femme. Elle ajoute : « je pars du principe que lorsqu’on est une femme, on est féministe. C’est un combat qu’on mène aussi personnellement dans nos vies. »

Il y a dix ans, la gynécologue-obstétricienne Ghada Hatem-Gantzer fondait la Maison des Femmes à Saint-Denis. Il s’agit de la première unité hospitalière de prise en charge des femmes victimes de violences. « Pendant longtemps, la médecine a été mise de côté dans la prise en charge des violences. Le sujet était laissé aux associations juridiques, sociales, ou encore aux psychologues. Pourtant, le cabinet médical est bien l’un des premiers lieux où nous pouvons la dépister » raconte Violette Perrotte, Directrice Générale de la Maison des Femmes.

Cette unité fonctionnelle voit le jour dans l’hôpital La Fontaine, porté par une équipe pluridisciplinaire de médecins, sages femmes, assistantes sociales mais aussi avocats, psychiatres et sexologues. Les femmes ayant subi des excisions sont prises en charge par une unité mutilation sexuelle féminine, avec la possibilité d’une réparation chirurgicale. Très vite, de nombreux hôpitaux viennent toquer à la porte de  Ghada Hatem-Gantzer en demandant le déploiement de ce modèle.

Désormais, l’association Maison des Femmes Restart a développé de telles unités dans 34 hôpitaux, de Bruxelles à Marseille en passant par Bordeaux. En plus d’une prise en charge globale des victimes, le réseau a mis en place un engagement de terrain qui passe par la formation des professionnels, la sensibilisation en milieu scolaire et un plaidoyer actif auprès des pouvoirs publics pour faire évoluer les mentalités et les lois. « Il y a cinq ans, nous avons aussi ouvert un foyer d’hébergement à Bagnolet qui s’adresse aux jeunes femmes de 18 à 25 ans, victimes de violences et sans enfant » appuie Violette Perrotte.

Solidarité et confiance

Charlotte Barbosa, qui envisage de travailler en galerie, attend avec impatience de découvrir l’aboutissement de ce travail mené depuis le mois de septembre. « Nous sommes les prochains acteurs sur le marché. C’est vraiment nos débuts dans le milieu » confesse-t-elle. Elle sourit : « les maîtres mots de ce projet, ce sont la solidarité et la confiance, que ce soit entre étudiants ou entre artistes. C’est touchant, car cela reste un projet profondément humain. »

Hatem-Gantzer a fondé la Maison des Femmes à Saint-Denis en 2017. DR

« Nous savons que la violence touche les femmes dans tous les corps de métier. A l’avenir, tout au long de leur carrière professionnelle, nos étudiants pourraient être plus sensibles et vigilants à ce sujet » espère Madeleine Filippi. La commissaire d’exposition est aussi curieuse de découvrir les profils qui seront présents ce jeudi soir. « L’an dernier, nous avons reçu beaucoup de femmes collectionneuses, même très jeunes. Il y a un lien très fort entre art et solidarité. »

De son côté, Violette Perrotte s’enthousiasme de faire se croiser deux mondes qui n’ont pas pour habitude d’interagir. « Nos équipes soignantes sont convaincues du pouvoir de l’art comme vecteur de reconstruction » affirme-t-elle en évoquant les ateliers artistiques distillés tout au long du parcours de soin.

Pour la Directrice Générale de la Maison des Femmes, cette exposition caritative reste l’occasion de pouvoir financer de nouveaux projets portés par l’association. « Même si on parle beaucoup de ces enjeux, les moyens mis en place ne sont pas suffisants » témoigne-t-elle. Violette Perrotte s’inquiète aussi d’un violent retour en arrière, marqué par un discours masculinisme exacerbé parmi les plus jeunes. « Après une intervention en milieu scolaire, nos soignants reviennent souvent un peu dépités. Les discours des élèves gagnent en sexisme, en racisme, en antisémitisme. Beaucoup de jeunes garçons pensent que s’ils sont célibataires ou sans travail, c’est parce que les femmes les maltraitent, prennent leur job, qu’il faut signer un contrat maintenant si on veut embrasser une fille. Tous ces discours nourrissent une frustration qui utilise la haine des femmes comme excuse pour beaucoup de choses. »

En France, une femme sur trois déclare avoir subi des violences physiques ou sexuelles au cours de sa vie. Entre soin, art et urgence sociale, le lien reste à construire.

Par Charlotte Meyer

Les infos

Lieu : IESA Art et Culture, 16 rue Claude Bernard, Paris 5

Dates : Du jeudi 21 au vendredi 22 mai 2026

Vente aux enchères le jeudi 21 mai à 19h

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