Alors que les témoignages à l’encontre du chanteur ne cessent de se multiplier, les réseaux sociaux semblent bien décidés à le blanchir.

Les accusations d’agressions sexuelles envers Patrick Bruel déferlent ces dernières semaines. La compassion envers les victimes n’est pourtant pas encore au centre des commentaires lisibles sous les posts instagram :

Ces remarques au nom d’une soi-disant justice semblent oublier les faits. Rappel de quelques éléments pour y répondre.

1.“Il est beau et célèbre, il peut avoir toutes les filles qu’il veut. Il n’a pas besoin de violer pour obtenir des relations sexuelles.”

La popularité n’est pas un alibi. Il ne s’agit pas d’une question de désir mais de pouvoir, d’emprise, d’impunité, de domination. Plutôt que d’empêcher les violences, la notoriété peut au contraire rendre les victimes plus vulnérables et moins crédibles aux yeux du public.

Fun fact : tout le monde ne fantasme pas de coucher avec son chanteur préféré.

Un prédateur sexuel n’est pas attiré par une femme qui le désire.

Ce qu’il veut, c’est une proie.

On a quand même des témoignages de femmes qui révèlent avoir été droguées. Ce n’est pas de la drague. C’est une planification comme on planifie méticuleusement un homicide volontaire.

Cette histoire nous interroge encore une fois sur l’immunité dont bénéficient les agresseurs lorsqu’ils sont célèbres et populaires. Si les idoles se croient protégées par un “totem d’immunité” comme l’écrivait Libération cette semaine, peut-être qu’on devrait arrêter les idoles.

2. “Pourquoi elles n’ont pas parlé il y a 20 ans ? C’est louche !”

Malheureusement, le schéma est assez classique.

Selon l’Insee, 81 % des victimes de violences sexuelles ne vont même pas à la police ou à la gendarmerie. Pourquoi ? La peur de ne pas être cru, la honte, la sidération, le rapport de pouvoir, le trauma, la victimisation secondaire…

En France, entre 80 % et 90 % des plaintes pour violences sexuelles n’aboutissent pas à des poursuites ou sont classées sans suite. Déso, mais c’est loin d’être rassurant !

Quand on dénonce Polanski, il se fait applaudir aux César.

Quand on dénonce Abittan, il est défendu par la Première Dame.

Quand on dénonce Depardieu, il est défendu sur les plateaux TV par le Président de la République.

Vous vous demandez vraiment pourquoi on ne parle pas ?

Petit update : cette semaine, un nouvel article de Médiapart rappelait que la justice avait déjà reçu 9 témoignages contre Bruel en 2019. Depuis plusieurs semaines, des témoignages en masse affirment que « tout le secteur » savait. Il ne s’agit pas de silence, mais bien d’une omerta.

3. “Elles mentent ! Elles font ça pour la célébrité et pour l’argent”

C’est vrai qu’on ne compte plus le nombre de femmes devenues riches et célèbres après avoir déposé une fausse plainte pour agression sexuelle contre un chanteur connu et médiatisé.

La preuve : pendant que Patrick Bruel poursuit tranquillement sa tournée, Flavie Flament vient de perdre son émission.

Fin du sarcasme : plusieurs femmes ont témoigné anonymement pendant des années avant de révéler leur identité.

Parler publiquement d’agressions sexuelles expose surtout à du harcèlement, des menaces et des insultes, des procédures judiciaires, voire la destruction de réputation.

Bonus : les estimations du coût de la “justice” pour les victimes de vss se situent entre 4000 et 6000 euros en frais d’avocats.

4. “C’est le tribunal des réseaux sociaux. Il y a présomption d’innocence”

Comme l’écrivait Baptiste Beaulieu cette semaine : « la présomption d’innocence n’interdit pas de leur accorder, à elles aussi, une présomption de bonne foi. »

On parle de plus de trente femmes, issues de différents pays. Quand la parole de trente femmes semble peser moins que celle d’un seul homme, il serait peut-être temps de se poser des questions.

Parce que le véritable sujet se situe peut-être là.

Au-delà du procès de Patrick Bruel, cette histoire témoigne encore une fois de la manière dont la parole des victimes est accueillie dans les médias et le grand public.

Sous couvert de présomption d’innocence pour l’agresseur, les femmes qui osent prendre la parole subissent méfiance, insultes, diffamation, et sont toujours plus sommées de fournir des preuves supplémentaires.

Pendant ce temps, leur agresseur continue de faire la Une.

Par Jeanne Brébion, Capucine Bastien-Schmit, Salomé Aldeguer Roure et Charlotte Meyer

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